Vents Nomades

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extrait

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Qui veut aller loin pédale lentement…C’est la larme à l’oeil que nous nous élançons vers la piste cyclable d’Apt en direction de Banon! Heureusement notre ami Nicolas dit Têtard nous accompagne.

La montée parait courte, motivés par l’idée de voir le Grand père Caton et quelques proches qui nous y attendent. Ce n’est que le lendemain que nos émotions puissantes se libèrent… Et c’est des sanglots dans la voix que nous disons adieu pour quelques années à notre pays natal. Biensûr l’ivresse de la grande aventure reprend rapidement le dessus ! Oh oui quelle sensation de sentir que nous allons droit vers l’est toujours plus loin vers l’inconnu ! Et c’est à grands cris de joie que nous saluons les Alpes qui sont en vue depuis St Etienne Les Orgues !

Ce sont les derniers répits avant d’affronter le Mistral de la Vallée de la Durance puis les hauts cols. L’hospitalité incroyable de notre « barwomane » de la Motte du Caire nous convainc de rester faire étape ici dans ce village où…les gens n’ont pas manqué de lire La Provence. Ainsi noussommes reçus comme des pèlerins avec respect mais parfois incompréhension.

Extrait du Journal Vents Nomades Numero 2. Avril 2009

 

Zelenkovac : un art de vivre

Croyez-vous au hasard ? Toutes les rencontres que nous avons faites en Bosnie sont parties de ce lieu, Zelenkovac. Nous avons vu sur internet qu’il s’agissait d’un des seuls lieux, voire le seul qui a un projet écologique de protection de la forêt, de son nettoyage et de son respect.

Nous découvrons Zelenkovac community et la « slow life », ses maisons construites en bois, ses rivières, ses petits chemins qui se perdent dans les forêts d’épicéas et de hêtres. C’est aussi Boro, un monsieur barbu qui est le propriétaire des lieux. Il nous accueille une hache à la main « want beer ? ». Ce sera du thé avec beaucoup de questions sur la naissance de Zelenkovac dans cette forêt bosniaque, sa gestion, son histoire en fait. La priorité des Bosniaques n’est pas d’ordre écologique, le bord des routes en est un parfait exemple. Ils sont plutôt dans la reconstruction, dans d’autres préoccupations en temps d’après -guerre. Zelenkovac est un peu une exception, tout est parti d’une petite maison en bois au milieu d’une grande for êt. Cette maison elle appartenait au père de Boro, qui, à l’époque , était bûcheron. Boro a voulu faire de ce lieu une zone protégée, aujourd’hui c’est la zone écologique de Zelenkovac . Avec l’aide et le soutien de plusieurs personnes, d’autres maisons en bois se sont construites dans la forêt, ainsi que des ponts, un petit bar, tout en restant intégrés à l’environnement. Boro accueille beaucoup de personnes venant des villes, les écolodges sont un m oyen de maintenir le lieu et d’ acheter de nouvelles terres. Oui, et « slow life » ça consiste en quoi ? C’est en opposition au monde industrialisé, aux gens qui courent, qui ne prennent pas le temps d’observer…oui parce que Boro est un artiste, lui et un ami font de très jolis tableaux ! Nous sommes heureux d’être là, de pouvoir enfin discuter et se comprendre : Boro parle anglais, mais il y a mieux, son fils parle parfaitement français, ayant passé quelque mois vers Troie ! Il nous met d’ailleurs en contact avec une autre « ecolo » qui est directrice du centre de culture français à Banja Luka à 70 km de là… Après une bière et un rakia nous quittons Zelenkovac.

Extrait du journal Vents Nomades Numero 3.Mai 2009


quittons l’Europe, et notre réflexion sur le lien entre homme et nature nous pousse un peu plus vers l’avant. Nous faisons de multiples rencontres, très différentes les unes des autres, qui guident notre pensée et notre route.

De Tangra au Cyrillique

Ainsi, nous arrivons à Sofia, capitale de la Bulgarie pendant Pâques. Nous avons le choix, nous pouvons fêter la résurrection du Christ dans la fabuleuse église orthodoxe ou dans une magnifique mosquée. Un mélange de religion, de culture qui est né de l’histoire Bulgare. Grâce à notre rencontre avec Vasil et sa femme à Koprivistica nous nous plongeons dans l’histoire et la création de la Bulgarie.

Les Bulgares ont une histoire commune avec les grecs et même les mongols. A l’origine, le peuple bulgare serait issu du nord de l’Iran. Il s’agit d’un peuple sédentaire et terrien. Vers 500 après JC, leur territoire s’étendait de la Russie jusqu’en Ukraine, il était diriger par le Khan Ubrat, qui affronta souvent les peuples nomades venant des Carpates. Les Bulgares avaient leur propre législation, leur propre capitale d’état, etc. Ils croyaient en plusieurs Dieux issu de la nature, le plus important se nommait Tangra. A cette période, le Khan était non seulement le leader du pays mais aussi la personne qui faisait le lien entre les Dieux et les hommes. Les Drakis qui étaient un peuple très proche des Macédoniens participaient en tant que chef de tête de l’armée romaine en 300 après JC. Spartacus était par exemple l’un d’eux, il est né à Koprivistica où les sénateurs romains et les rois venaient pour profiter de la beauté des montagnes et de l’eau minérale qui y est si bénéfique pour le corps.

L’empereur Constantin, vers 350 après JC décida de séparer l’empire romain en deux, d’une part Rome et ses alentours et Constantinople. Constantin construisit à Constantinople(Istanbul) la plus belle église du monde qu’il baptisa sainte Sagesse ou sainte Sofia. Lorsque les Turcs arrivèrent à Constantinople 500 ans plus tard, jaloux, ils transformèrent Aya Sofia en mosquée. Cependant, les Turcs n’étaient pas très satisfaits du résultat, et préférèrent construire une mosquée tout aussi belle et assez similaire au niveau architectural, juste en face, la mosquée bleu. A Istanbul, nous verrons aussi la seule église au monde faite en fer qui fut construite en Bulgarie et amenée en pièces détachées sur le Danube à Istanbul où elle fut remontée.

Mais, revenons au roi Ubrat, qui avait 5 fils et qui continuellement devait se battre contre les nomades pour garder son territoire. Un jour, il prit un bâton dans ses mains et le brisa en deux. Puis, il prit 5 bâtons dans ses mains et tenta de les casser mais ni parvint pas. Enfin, il expliqua à ses 5 fils que s’ils restaient ensemble le territoire serait gardé intact. Ce que malheureusement ils ne firent pas…Après la mort de leur père, l’aîné des fils partit en Europe (Allemagne et France notamment). Le second, vers le Danube jusqu’en Italie et fut accepté par les habitants du nord de Milan, serait ce les piémontais ?Le troisième des fils alla en Russie. Le 4eme resta dans les Balkans pour essayer de garder le territoire intact du père. Le dernier, Asparuk alla dans le sud du Danube dans le territoire actuel de la Bulagrie. A l’époque ce territoire était un lieu de mixité, entre les drakis, les slavians, les macédoniens et les chrétiens qui faisaient le pèlerinage jusqu’à Jérusalem. Asparuk tomba amoureux de ce territoire, de sa richesse, de ses paysages et de sa diversité culturelle. Il décida d’installer son peuple à cet endroit et traversa le Danube avec des centaines de personnes. Byzance s’en aperçu et la première guerre antre les Bulgare et Byzance commença en 681 après JC. Ils construisirent un mur et gagnèrent la première guerre contre Byzance. Asparuk créa alors un territoire avec une capitale, Bliska. Peu à peu le territoire Bulgare grandit, les rois régnaient paisiblement. 50 années après sa création le khan décida de prendre le christianisme pour religion pour lui et ses compatriotes. Le « khan » à cette période accepta la tutelle de Rome mais à deux conditions : que les messes soient dites en bulgare (langue non reconnue à cette époque) et que le « khan » soit reconnu comme Roi du pays. Cependant, il se rapprocha de l’église de Byzance.

L’école de Bagnourat dans le territoire Bulgare possédait de très bons et très reconnus enseignants. A cette époque Cyril était un des meilleurs étudiants. Pour cette raison il fut envoyé à travers le monde et plus particulièrement en Asie pour prouver quel était le Dieu le plus puissant entre celui des catholiques et des musulmans. Au retour de son voyage, il refusa une place dans la haute administration byzantine, et retourna en Bulgarie où il créa un alphabet propre à la langue bulgare pour que son pays ait sa propre indépendance avec sa propre écriture (avant les bulgares écrivait en latin). Le Cyrillique apparut.

A noter qu’à cette période vivaient les slavians un peu partout en Europe, et en paix avec chaque pays sur lequel ils habitaient. Ils travaillaient avec les animaux, connaissaient le secret des plantes et leur utilisation. Ils étaient très nombreux, mais n’avaient pas de pays « à eux ». Les slavians adoptèrent le cyrillique comme écriture juste après son invention.

Au 13eme siècle, le territoire de Bulgarie était particulièrement riche et étendu, il attira la convoitise des turcs qui venant d’Asie l’attaquèrent. Ils passèrent par Constantinople, déclenchant une guerre de 160 ans. Le « khan » au bout de cette période de guerre réalisa que son peuple allait perdre contre les attaques turques très agressives. Il décida alors de préserver le sang, la culture, les richesses de Bulgarie en amenant son peuple sur la plus haute montagne et dans des lieux protégés comme Koprivistica. Les musulmans prirent toutefois le contrôle de l’administration bulgare et obligèrent ces derniers à changer de religion en leur mettant un couteau sous la gorge « est ce que tu es prêt en changer de religion ? ». ceux qui ont survécu ont dit oui en secouant la tête de gauche à droite (à cause du couteau), du coup en Bulgarie, les signes de tête « oui » et « non » sont inversés. Au 18 ème siècle, des lieux de résistance comme ce petit village virent naitre des mouvements de rébellion et des personnage comme Vasil Levski sont la fierté de la résistance bulgare. Leur indépendance fut donnée un siècle plus tard par l’Europe et la guerre entre la Russie et la Turquie.

Extrait du journal Vents Nomades numéro 4. Juin 2009

« La transhumance est le moyen d’accommodation de l’homme avec la nature, tandis que la sédentarisation est une lutte avec la nature » Citation de n.a.Nadery ,revue endiche ,1-1979-p.5

 

Hommes et natures en Iran

Etat des lieux de la situation du pastoralisme nomade en iran . d’après des entretiens réalisés avec le Docteur Safaian Nosrat expert en écologie pastorale et monsieur Azadi Sirous spécialiste de la culture nomade à l’agence des ressources naturelles et effectueant une thèse sur la relation entre plantes et géomorphologie.

Le pastoralisme nomade est une pratique séculaire qui permet de s’adapter en permanence aux ressources en herbages. Les deux millions de nomades présent sur le territoire Iranien se déplacent donc en suivant les pâturages d’été au nord et d’hivers au sud. En effet ils doivent s’adapter aux élément rigoureux de ce pays :en été il peut faire plus de 50° dans le désert et –35 en hivers. Donc leur méthodes ancestrales consiste à vivre dans un équilibre écologique entre la capacité des sols à accueillir le bétail et les besoins humains.

Cependant d’après le docteur Safain « la situation s’est considérablement détériorée depuis notre étude dans les années 70. Les nomades se sédentarisent car ils ont de plus en plus de difficultés a trouver de bons pâturages. » Cette situation s’explique par des contraintes sociales écologique et environnementales noud rapporte monsieur Azadi

Lors de la révolution Islamique, refusant le système hiérarchique, les nomades livrèrent leurs chefs aux autorités. Ce déséquilibre, dont ils ont conscience aujourd’hui, engendra des compétitions entre les familles nomades pour l’accès aux meilleures terres et en ressources en eau. Depuis cette révolution les prix de la viande et du fourrage à considérablement augmenté. Aujourd’hui un kg de viande esquivant 7 euros et le pouvoir d’achat diminue pour acheter foin, eau, subsides. Ils sont donc forcés d’augmenter leur cheptel.

La privatisation des terrains qui sont sur les trajectoires des transhumances à créé une rupture dans le cycle écologique des nomades : « Nous voyons par ailleurs les pelouses alpines déchirés par les cratères crées par des pipes line .Les nomades sont donc contraint d’utiliser des camions pour transhumer » explique Dr.Safain.

 

Un bureau à donc été créer pour gérer les transhumances nomades et protéger les écosystèmes des ranges lands. Cependant une problématique se pose: pour pérenniser les milieux les autorités imposent l’arrivée des nomades à partir de la dernière semaine du printemps. Auparavant nous dit Sirous. « les nomades Qashqais parcourrait en 70 jours minimum la distance entre les terres de fars au sud et de l’Isfahan . Aujourd’hui ils il suffit d’un ou deux jours en camion pour effectuer cette distance et arrivent donc 68 jours trop top sur les Range land d’été. Donc les sols trop humides sont détruits par les troupeaux qui de plus sur-pâturent des prés dont l’herbe n’a pas encore poussé suffisamment ; une taxe est de 2000 T par moutons est demandé aux nomades qui arrivent plus tôt. »

Mais les observations de sirous confirment que il n’y a plus assez de pluie depuis ces 10 dernières années et les réserves phréatiques sont saumâtres.(selon Elsa experte en banane ce pourrait être du la remontée des eaux du golfe Persique). Ils sont donc forcés de partir vers le nord mais ils sont refoulés à la frontière isfahano-farsique. Là encore ils détruisent les terrent qui se transforment en poussière ;sans parler du manque d’eau et des tentions permanentent avec la police.

A cause du manque de pluie, la compétition entre les bonnes et les mauvaises plantes pour le pâturage évolue. Selon Sirous Azadi, les plantes comme Euphorbia sp. ou le barhman toxiques, voire mortelle dans certain cas prennent largement le dessus. Les chercheurs de l’agence des ressources naturelles tentent une réintroduction d’espèces plus résistance aux conditions de sécheresse extrêmes et bénéfiques pour le bétail : une étude est en cours avec la famille des Quenopodiacées.

Par ailleurs les systèmes traditionnels de ghanats*présent dans les longues vallées désertiques sont détruits par les forages que les riche nouveau propriétaires font creuser pour avoir de l’eau dans leurs villas et arroser la pelouse et remplir la piscine.

Si toutefois les nomades aiment la vie qu’ils mènent, les jeunes partent souvent pour la ville étudier et y construire une autre vie sans quitter pour autant leurs attaches et leurs bétails, qu’ils louent à des proches. La sédentarisation va de pair avec la perte des savoirs ancestraux…Le mode de vie nomade est en déclin vu les problèmes écologiques et développement liés à nos sociétés.

 

Les ghanâts

Système de captage de l’eau utilisé dans les grandes vallées Iraniennes. Il s’agit de puits reliés par un réseau souterrain de canaux de plusieurs dizaines de kilomètres produisant artificiellement une source. Ils sont menacés toutefois par les forages qui percent les nappes phréatiques.

Extrait du journal Vents Nomades numéro 5. Juillet 2009

 

Eloge de la lenteur

Si la vitesse sépare l’être humain de son milieu, la lenteur le relie et le réconcilie sans cesse avec la nature qu’il semble craindre. La lenteur du vélo semble bien une désobéissance civile dans une civilisation qui prône la vitesse comme seul mode d’adaptation à la mondialisation. Que se soit dans les déplacements ou dans le travail, pourquoi devons-nous aller toujours plus vite?

 

Nous allons au rythme qui est celui de l’univers, celui de la respiration, celui de notre cœur…

 


Ivan ILLICH a démontré dans son livre Energie et équité (Seuil) que l’énergie de la voiture et le temps qu’elle fait gagner, est un seul et même mythe. « L’automobiliste américain consacre quatre heures par jour à sa voiture, qu’il s’en serve, s’en occupe ou travaille pour elle […]. L’homme est une machine thermodynamique plus rentable que n’importe quel véhicule motorisé, et plus efficace que la plupart des animaux. De même la bicyclette permet à l’homme d’aller trois à quatre fois plus vite qu’en marchant en terrain plat, tout en dépensant cinq fois moins de calories, c'est-à-dire une dépense de 0,15 calories pour parcourir un kilomètre. »

L’énergie humaine serait donc finalement la plus efficace et la plus économique et ne dépend que de l’énergie provenant de la nourriture qui vient elle-même de l’énergie solaire. Ainsi au lieu d’utiliser des champs pour la culture de plantes produisant des agro carburants autant les utiliser pour nourrir la population de la planète ou bien planter des essences qui stockent le carbone de l’atmosphère !

Nous voyons, partout sur notre route, des plaines transformées par les machines agricoles qui dévastent la campagne et la transforme en un quadrillage toujours plus parfait. Notre pari est de pouvoir se déplacer par des moyens de locomotion écologiques dans cette ère industrielle où tout est mécanisé… Nous voulons en fait nous consacrer au vivant, que ce soit à cheval, en bateau, ou bien encore à vélo.

L’éloge de la lenteur revient à préconiser une façon de vivre opposé au mythe de la vitesse et de la ponctualité. Lorsque nous roulons avec Éole, nous suivons notre véritable cadran solaire biologique. Nous allons au rythme qui est celui, de l’univers, celui de la respiration, celui de notre cœur …Rythme des caravanes qui jadis foulaient cette route ! Nous roulons vers une meilleure connaissance de nous même, par le regard de l’autre, et, peu à peu, nous allons peut être vers plus de plénitude…Nous sommes au monde et nous l’habitons avec toute la dignité possible, avec aussi, avec nos incohérences !

D’après Hervé ALAIN « accélérer revient presque toujours à créer du temps mort; ralentir consiste à apprendre à vivre ». Cette vision est très bien exprimée par les amérindiens Koguis (tribu amérindienne de Colombie) rencontrés à Aix en Provence durant l’été 2004. Ils revenaient d’une tournée en Europe où ils cherchaient de l’aide internationale pour éviter l’extinction de leur peuple par les mafias colombiennes. Ils posèrent au public, à la fin de l’exposé, la question suivante : «pourquoi construisez-vous des tunnels partout au travers des montagnes ? ». Une personne dans le public tenta de leur expliquer que c’était pour traverser la montagne et donc aller plus vite sur nos voies dites de communication, et là, ils répondirent par une nouvelle question fondamentale : «et jusqu’où voulez- vous aller plus vite? »

Cette société de la vitesse, issue d’un monde si inquiet, ne pense presque jamais à la vie présente ou à l’instant vécu, mais à celui qu’elle vivra. De sorte que nous sommes presque toujours en état de vivre par procuration dans l’avenir, à attendre un instant qui ne viendra sans doute jamais.

Allez ! On se hâte lentement, y’a la route de la soie qui est là, sous nos roues !

Une journée type avec Eole

Certaines personnes nous ont demandé « du croustillant », des détails sur notre quotidien et sur « nos emmerdes ». Des moments de vie, dont on ne parle pas beaucoup dans le journal, car effectivement c’est notre quotidien. Mais justement, c’est dans ces instants que la vie nous apparait belle, c’est dans ces instants qu’on se dit « tiens, on a un peu changé, tu ne trouves pas ? » Une journée type avec Eole, peut paraître parfois paisible ou pleine de rebondissements et de ses fameuses anecdotes dont les gens raffolent ! Pour commencer une journée, tout dépend de l’endroit où nous avons dormi : dans la tente ou chez l’habitant. En ville, c’est moins palpitant. Quand nous nous réveillons chez « des autochtones », le petit déjeuner est souvent la dernière occasion d’échanger les adresses, quelques graines, de prendre la dernière photo de famille et de se dire au revoir. Parfois, nous sommes invités à rester, comme par exemple vers Gallahoral en Ouzbékistan pas très loin de Tachkent, où, à 9 heures, peu après le petit déjeuner, on nous a invité à goûter le plat national : le Plov. Impossible de savoir exactement ce qu’est le Plov et, difficile de refuser (surtout après quelques bières servies à 7 heures du matin !). Une invitation est une invitation, et ça pourrait blesser les gens. Donc, en avant pour le Plov ! Et là, tout s’ébranle, la mère se précipite dans le jardin pour ramasser des carottes qu’elle pèle et coupe énergiquement en tout petits morceaux. Le père allume un grand feu et sort à notre grand désarroi 5 l d’huile de coton (laxatif toxique)! Ok, on reste calme, on prend des photos, on filme et on partage quelques moments avec les enfants…La viande de mouton arrive, en masse. Gloups! Et bien sûr tout espoir que le Plov soit un gâteau ou une pâtisserie disparait en même temps que frémit la viande et les carottes dans l’huile. A 10h30 c’est prêt !, il fait déjà 35 degrés à l’ombre, un grand plat composé de riz et de carottes avec de la viande au dessus, nous est servi bien chaud. Ollivier avale quelques goulées de bières pour se donner du courage et nous commençons à manger avec les doigts à la méthode ouzbek.

Voilà pourquoi, parfois, nous préférons trouver un endroit discret, un peu à l’écart si possible, avec de l’eau pour nous permettre de nous laver et de rincer nos ustensiles de cuisine.

Pour les musulmans, le voyageur est envoyé par Dieu, il est donc important de bien le recevoir. En Turquie, nous nous sommes même fait « engueuler » au petit matin lorsque les villageois découvrirent notre campement et insistèrent pour nous offrir le petit déjeuner et rester dormir encore une nuit. Ou, lorsque nous roulions les routes d’Iran, des automobilistes nous tendaient régulièrement à boire ou à manger. Dans la vallée du Fergana en Ouzbekistan, une jeune fille proposa même à Elsa, une culotte !

Depuis la Turquie, les gens sont soucieux de l’image de leur pays et souhaitent nous offrir le meilleur des accueils. Nous avons été mainte fois touché par cette hospitalité sans borne que l’on oubli parfois en Europe. Ce soir, nous dormons à Balikchi, dans une pièce décorée de tapis, réservée aux invités, et nous avons passé une soirée à manger du Orumo (plat typique kirghize) et à écouter le son du koumuz.

Extraits du journal Vents Nomades numéro 6. Août 2009

 

L’épopée du cheval kirghize et de son peuple

Il était un peuple nomade qui se prie d’amitié avec un équidé. Mais, il ne savait pas que leur sort serait lié plusieurs milliers d’années. Ce peuple vivait nomade au pied des montagnes de l’Altaï sans doute heureux dans le climat pourtant rude de ce pays continental. Dans les temps anciens il fut pourchassé par des tribus voisines. : Gengis Khan les poussa à fuir au fin fond de la taïga sibérienne dans le haut bassin de l’Ienisseï au 10e siècle; de nombreuses tribus allèrent se refugier ensuite dans les montagnes de l’actuel Pamir, vallée du Fergana et Tadjikistan. Bien sur grâce à leurs valeureux poneys si robustes, les kirghizes échappaient à leurs poursuivants. Aujourd’hui, les tribus nomades sont répartis de l’Altaï jusqu’au Pamir Chinois. Toujours dans les montagnes qui sont pour eux comme des forteresses naturelles. Une des valeurs principales des nomades kirghizes est de s’adapter à l’environnement naturel et humain plutôt que de lutter contre. Ainsi ils adoptèrent l’islam, il y a plus de 2-3 siècles mais sans oublier leurs propres traditions chamaniques et la mère nature Umay Ene. Même maintenant ils écoutent toujours le dieu des anciens Ene Say.

Les chevaux qui sont une des racines de leur culture ont été sélectionnés dans les Alpages. Si bien que les zoologistes Russes les considéraient comme un cheval améliorateur. La nature a forgé des équidés robustes de montagne avec une grande puissance et un centre de gravité en avant, le dos court, et un confort extraordinaire…Autrement dit, c’est un cheval qu’on croirait croisés avec des bouquetins ! Il passe partout ! Ils vivent en hiver avec les yaks par des températures de moins 40 à moins 50°C ! Il est donc la monture favorite des bergers.

 

« Parce qu’elle est intimement liée au nomadisme, la culture kirghize fait du cheval, tant vanté dans les épopées, les poèmes et les récits des explorateurs, un double de l'homme. » Jacqueline Ripart

 

C’est ce que nous explique Jacqueline Ripart, passionnée des peuples cavaliers. Elle a vécu dans le Luberon puis a réalisé des tours à cheval au Maroc. Elle s’est intéressée ensuite, aux chevaux de Colombie, les «criollos». Elle a vécu pendant 4 ans avec les chevaux de Namibie et enfin depuis 2004 en Asie centrale où elle a crée la fondation Kyrgyz Ate à Bichkek pour la reconnaissance de la race kirghize, et la protéger.

 

 

http://www.atchabysh.com

Ces recherches l’ont poussée à pénétrer dans la culture kirghize, dans son esprit. Le cheval est fédérateur, elle a pu toucher les consciences dans son désir de retrouver ce cheval et de le protéger. « Les anciens retrouvent une lueur d’espoir, les yeux brillants vers le passé, quand tu parles du cheval kirghize, tu touches aux ancêtres, au clan ». C’est par l’organisation du festival équestre annuel At Chabysh au Kirghizstan et au Tadjikistan qu’elle fait valoir ce cheval. Plusieurs voyages répétés auprès des éleveurs kirghizes du Pamir tadjik et des montagnes kirghizes pendant 4 ans, lui ont ouvert les yeux. Nomades dans l’âme et dans leur manière de faire, difficile de travailler avec eux, elle essaye de comprendre leur vision et d’oublier la sienne. « Nous fonctionnons de manière très différente, et les gens ici sont un peu perdus entre tradition et occidentalisation, Bishkek la capitale change à vue d’œil… ». L’attrait économique est souvent le plus fort. Les nomades élèvent les chevaux pour la quantité et non pour la qualité…La première utilisation du cheval est pour la viande. Si dans leur mots, ils sont d’accord pour retrouver la race de leur ancêtres, dans les marchés les kirghizes tâtent le gras au flan des chevaux pour les sacrifier pendant les cérémonies. Le gouvernement est très reconnaissant, « il veut même faire une statue à mon effigie ! », mais les actes concrets se font rares, surtout si 70% du bénéfice ne va pas dans leur poche.

Bref, aujourd’hui Jacqueline est toujours en train de sensibiliser : conférences, films, festivals. Cherchant aussi ces chevaux dans les montagnes d’Asie Centrale se basant sur deux pages de critères établis par des zoologistes russes au début du siècle. Elle n’a pas encore trouvé le cheval typique kirghize, trop mélangé avec des trotteurs d’Orlov ou différents chevaux russes…Et parfois quelques uns s’en rapprochent et cet espoir renait. Faut-il encore que les propriétaires soient d’accord pour participer à son projet, où est l’attrait économique ? Jacqueline l’a peut être trouvé dans l’écotourisme ! Car les critères de ce cheval sont, son confort très apprécié par les touristes, et sa rusticité qui en fait un cheval peu couteux à l’entretien. Depuis deux ans elle forme des guides à travers son association des Guides équestres du Pamir, et depuis un an organise des treks. « Ce fut une réussite, les touristes expérimentés voient vraiment la différence ! » Sa fondation qui a aussi un programme culturel, prévoie la sorti d’un DVD Musique et chants à la gloire du cheval. Des chants ancestraux que seuls les aksakals (sages) connaissent. Dans les communautés rurales, elle organise également des festivals équestres qui sont très appréciés, cela fait valoir le village, les ancêtres, le clan et le cheval kirghize.

Les kirghizes sont entre l’occident et leur culture ancestrale, pour les jeunes d’aujourd’hui les tribus n’ont plus trop de sens. Peuple plein de mélange, il ressemble aux mongols, est majoritairement musulman, et parle et écrit en russe. Un peu perdu. De plus en plus de kirghizes renouent avec le chamanisme et leur tradition mais parfois profitent des coutumes pour faire payer les touristes, où est l’équilibre ?

Extrait du Journal Vents Nomades numero 7. Septembre 2009


Les Kiangs du plateau tibétain

Nous avons passé le col à prés de 4800 m d’altitude reliant Germu et Budonquan (route de Lhasa) très tard le soir. La police et l’armée nous ont reçu  au poste routier avec du thé bouillant et une bonne dose d’incompréhension…  « Retournez dans la vallée il y fait bien moins froid ! Et c’est moins dangereux pour vos vies. » Voilà ce que nous pouvions lire dans leur mine curieuse. Mais effectivement Elsa avait de la fièvre naissante. Nous avons donc décidé de rester dans ce petit bourg routier à se reposer tant bien que mal dans un container aménagé en chambre. Ça aurait pu faire l’affaire si nous n’avions pas eu un chien tibétain qui hurlait après je ne sais quel esprit  (d’après nos hôtes bouddhistes). Et pendant qu’Elsa était alitée, je décidais d’aller prospecter le plateau perché à 4500 mètres pour aller découvrir quel genre d’esprit pouvait roder dans la steppe.

La première rencontre se passa aux aurores,  pour la première fois de ma vie j’aperçu un genre d’antilope appelée chirou ! C’était un male éclaireur qui bondit subitement prévenir le troupeau qu’un étranger approchait.

En les poursuivant,  je m’aperçu du grand nombre d’individus. Deux heures durant, je les pistais et comptais plus de 90 chirous. Lorsque je quittais la traque, poussé par l’appel du ventre je pris le chemin de quelques crêtes. Je surpris en surplomb d’un vallon ce que je pris pour une horde de chevaux appartement à un nomade. Mais vue leurs « raie de mulet » sur l’échine (trace noir sur toute la colonne vertébrale) et leur mœurs très sauvages…ces animaux étaient bien des esprits libres de la nature !

 

J’ai passé des heures merveilleuses à les observer et à comprendre leur langage. Ainsi j’ai pu voir que la maturité sexuelle des males est plus précoce que chez leurs cousins les chevaux. Car les « Tiang » ou « Kiang » sont d’après les scientifiques plus proche des Anes que des chevaux. Même si mes observations me laissent penser que les allures « aériennes » sont plus proches des chevaux sauvages.

 

Mais les animaux sauvages qui comme le kiang sont endémiques au plateau tibétain, sont menacés par les activités militaires et l’exploitation minière et bien sur la chasse intensive depuis des décennies. Nous avons la chance durant ce tour du monde de voir des animaux magnifiques dans leur élément naturel. Cependant une pointe de tristesse nous traverse lorsque nous pensons que beaucoup d’espèces disparaissent à petit feu dans l’indifférence voire l’ignorance du grand public. Nous espérons toutefois que dans une génération nos enfants auront encore la chance de contempler cette beauté de nature. Ce rêve n’est possible sans un sursaut  de conscience collective.

Extrait du journal Vents Nomades numéro 8. Octobre 2009

 

Le chant du Gibbon

Il y a quelque part  au Nord du Laos, dans la réserve naturelle de Bokeo, des maisons dans les arbres, des tyroliennes et des touristes qui au levé du jour guettent oreilles tendues le chant du Gibbon. Les guides proviennent des villages alentours car ce sont eux qui connaissent le mieux cette jungle et ses animaux, car ils y vivaient et y chassaient il n’y a pas si longtemps.

Gibbon expérience, voila le nom de ce projet qui nous a plu car voler sur la canopée était un rêve, mais plus encore les objectifs de la société Animo qui sont la protection et la conservation de cette nature et de ses habitants. Le braconnage, l’exploitation forestière, le brulis pratiqué par les tribus pour l’agriculture détruisent peu à peu essences et fleurs rares, gibbons, tigres, plantes médicinales, tout part en fumée dans cette région où cohabitent plus d'une trentaine d'ethnies différentes.

Depuis 2004, ils ont eu l’idée de cabanes, de câbles tendus à plus de 100 mètres du sol, et surtout de faire découvrir la jungle et son immensité, en l’admirant d’en haut. Car lorsque la brume se lève, lorsque des milliers d’arbres et de fleurs s’offrent à nos yeux, lorsque les oiseaux chantent et cris en écho au Gibbon à joues noires, lorsqu’un papillon gros comme le poing s’envole devant nous, il n’y  a que l’envie de protéger cette biodiversité. Faire découvrir la nature c’est la faire aimer.

Aujourd’hui Jean-françois Reumaux dit « Jeff » initiateur du projet a signé avec le gouvernement une concession pour 15 ans et établi que ce territoire soit reconnu parc national. Ainsi est assuré l’avenir pour cette faune et flore si riche et menacée !

Les bénéfices sont énormes, bien plus important que ce que rapportait la coupe de bois. Tous les jours des groupes de touristes venant de tous les continents viennent pour trois jours découvrir la jungle et les sensations fortes. Le trajet est long pour atteindre un village Hmong qui se trouve aux frontières de la reserve, tous les guides et personnels en sont issus ; « sans eux et leur soutien, on ne pourrait rien faire » nous explique Jeff. De la construction des cabanes à la surveillance de la réserve, leur connaissance est précieuse. Trois heures de marches au milieu d’une végétation inconnue pour nous européens, des sangsues sur le chemin, des cris perçant dans la canopée, les guides nous montrent des plantes, comme le Kha, famille du palmier dont le cœur des tiges est excellent contre la toux, et des bulbes qui sont de la famille des maan, patates douces, qui sont utiles contre la diarrhée…Enfin apparaissent les tyroliennes, la première fait 450 mètres de long. Avec une boule au ventre on s’élance, planant au dessus des arbres, d’une rivière, près des oiseaux. Ainsi, avec un peu moins d’appréhension au fil du temps nous glissons d’arbre en arbres jusqu’à atteindre une maison, la « Kisi » par exemple construite à la manière lao sur l’arbre Vatica Cinerea avec du bois, bambou et feuilles de palmes.

A l’aurore, nous partons observer les Gibbons et leurs chants. Les Gibbons à crêtes noires est une espèce qui se trouve exclusivement dans cette partie du Nord du Laos, ils sont très territoriaux, et ne sont a priori pas dérangés par les nouvelles installations et les homos sapiens sapiens, qui explorent leur territoire. Certains singes jouent même avec les cables ! Les responsables du site ont également remarqué que les primates préféraient s’établir dans les zones qui étaient surveillés par la quarantaine de gardes. En effet, les 136 000 hectares de la réserve ne peuvent pas être patrouillés régulièrement, les gardes se concentrant sur le cœur du parc et autour des infrastructures. Ailleurs, même si le site est classé parc national de bokéo, les laos chassent comme ils l’ont toujours fait.

Les scientifiques effectuent des inventaires de grenouilles, de serpents, d’oiseaux et bientôt un projet d’ethnobotanique. Un inventaire des plantes médicinales entre autre est prévu avec le chaman du village qui s’occupe de la pépinière. L’objectif étant de chercher à intégrer l’environnement dans le social, à transformer l’économie par la gestion environnementale. «  On ne peut pas faire de protection d’environnement sans faire du social » nous explique Jeff, on ne fait pas d’ethnotourisme ». les populations évoluent, et ce projet participe à leur développement économique et à une prise de conscience que la protection de l’environnement est rentable pour eux et les générations futures.

Extrait du journal Vents Nomades numéro 9. Novembre 2009.


ElefantAsia

Interview de Gilles Maurer, fondateur d’Elefantasia

http://www.elefantasia.org/

Au pays du million d’éléphants, il n’en reste plus que 560 domestiqués. D’après les pronostics, en 2047 l’éléphant d’Asie aura disparu du Laos.  Pourquoi en est on arrivé là ?

ElefantAsia

Dans le passé, l’habitat de l’éléphant d’Asie s’étendait de la côte iranienne à la Chine en passant par les Philippines et Bornéo. L’éléphant était sauvage, son imposante stature et sa force en faisait  un animal craint des hommes. Aujourd’hui cet espace a été réduit, puisque 2 milliards d’individus partagent ce territoire. La lutte pour l’espace entre humains et éléphants a pour conséquence la disparition de l’éléphant sauvage. La surpopulation humaine pousse à la déforestation, à l’abattage industriel des forêts, à la culture sur brulis, à la destruction des routes migratoires, etc. Perte d’habitat, perte de l’espèce. L’éléphant possède une longue histoire, perçu comme esprit de la forêt, sauvage, malfaisant, dangereux, haï parce qu’il détruit les cultures, il est aussi vénéré, adoré.

Depuis 4500 ans les hommes capturent l’éléphant pour en faire un animal domestique. Les premières traces ont été retrouvées au Pakistan, sous l’image d’une effigie d’un éléphant monté par un homme et enchainé. Avec la domestication il a changé de symbolique, il est devenu un allié de l’homme, capable de travailler pour l’homme, capable de comprendre un enchainement d’ordre. Ensuite est venue l’influence indienne servant de monture au Dieu Indra et de Ganesh, avec la symbolique de la fertilité, de l’eau et de longévité. Enfin  le Bouddhisme a encore renforcé l’image sacrée de l’éléphant. Non seulement l’éléphant a été un animal proche de Bouddha durant sa vie, mais il est aussi la dernière étape avant celle  de l’homme, dans le cycle des réincarnations. L’éléphant blanc est particulièrement vénéré.

 Au néolithique, il était utilisé pour labourer les sols, il y a 20-30 ans c’était un animal de bas qui transportait les sacs de riz ou collectait des produits forestiers, bois de chauffe, etc. Aujourd’hui c’est un animal de trait. Les harnais sont malheureusement peu adaptés à la physiologie de l’éléphant, faits d’écorce d’arbre et de raphia en plastique.

Maintenant, on l’utilise intensivement pour des sociétés nationales ou internationales, pour tirer du bois, payés au mètre cube. Le débardage s’effectue toute la journée et toute l’année, c’est devenu un métier qui ne laisse pas le temps aux éléphants de se reproduire. L’animal est surexploité. Il reste moins de 10 femelles de moins de 10 ans.

Les menaces sur l’éléphant sauvage sont le braconnage de l’ivoire et la déforestation, la capture étant interdite sauf en Birmanie.  La disparition de l’éléphant domestique, elle, vient de l’interdiction de la capture et parce qu’on en a moins besoin aujourd’hui, du fait de l’utilisation des motoculteurs (ou tak-tak), des voitures.

L’association ElefantAsia œuvre pour la protection de l’éléphant d’Asie, fondée en 2001 par Sébastion Dufillot et Gilles Maurer. En 2002, ils organisent une expédition incroyable  avec leur 4 éléphants et leurs cornacs (dresseur de l’éléphant, ce n’est pas toujours le propriétaire) allant du Sud (Champassak ) au Nord (Luang Pra Bang) soit 1300km sur 3 mois. La caravane a permis d’ouvrir la voix à ce qu’ElefantAsia fait aujourd’hui, à leurs  actions, au festival.

Leurs principaux objectifs sont la sensibilisation à travers des livres, des plaquettes et posters et surtout le festival de l’éléphant qui aura lieu cette année à Viengkeo le 14 et 15 février 2010. Au Laos, l’éléphant reste emblématique, depuis 2007  le festival a un objectif double,  d’une part, faire de la sensibilisation, « les gens ont du mal à réaliser par manque d’information que d’ici 50 ans il n’y aura pratiquement plus d’éléphants » nous explique Gilles, d’autre part économique, en développant des alternatives économiques notamment le l’écotourisme. Le festival a généré 2, 8 millions de dollars en 2009 en une semaine. Cet argent va dans la poche des locaux, car le festival est gratuit, il a lieu dans un village où les visiteurs peuvent rester dormir chez l’habitant à hauteur de 3 dollars la nuit. Ce sont des démonstrations du travail de l’éléphant au quotidien et des animations pour mieux faire connaitre l’animal.

En coopération avec le centre National de Santé Animale du Laos,  ElefantAsia conduit un recensement des éléphants et gère une clinique mobile vétérinaire. « Il y a souvent des accidents dus au rythme effréné du travail et au matériel. C’est souvent des abcès, des problèmes aux ongles, des accidents plus graves avec les troncs tractés (fractures, casse des défenses, etc). C’est un travail dangereux, pour l’animal et le cornac ».

 

ElefantAsia

Le travail d’ElefantAsia consiste à prendre rendez vous un mois à l’avance avec les cornacs d’une région, donner un point de rencontre et de s’y rendre avec la clinique mobile. Les zones sont particulièrement difficiles d’accès, et à chaque fois une dizaine d’éléphants sont auscultés. Le travail est  ardu car les éléphants sont éparpillés partout, les cornacs sont nomades et travaillent trois mois à un endroit puis se déplacent suivant la demande des sociétés. De ce fait les 3 vétérinaires de l’association examinent un éléphant moins de 2 fois par an. De plus, 1/3 des éléphants sont difficiles à soigner car agressifs, ça reste un animal sauvage !

Une solution trouvée est de faire une formation des cornacs aux premiers soins vétérinaires, car ce sont eux qui au jour le jour s’occupent de l’animal. Les anciens, ont une bonne connaissance de l’utilisation traditionnelle des plantes, les jeunes, apprennent en complément, comment faire une piqure, comment utiliser les antibiotiques, etc. Et surtout ils sont  incités à ménager plus de temps de repos.

Le problème de la reproduction…

Protéger l’éléphant domestique c’est assurer rapidement la reproduction. « Ce n’est pas intéressant pour un cornac de faire reproduire car durant 4 ans il est obligé d’arrêter de travailler, et pendant 15 ans de nourrir l’éléphanteau « à perte » en attendant qu’il soit fort et puissant pour pouvoir tirer du bois. Le tourisme pourrait  compenser, solution intermédiaire possible. Faut-il encore que les camps pour touristes soient bien faits ». D’autant que les femelles deviennent stériles assez facilement, si elles ne sont pas fécondées avant l’âge de 8 ans. D’autant qu’une éléphante a 22 mois de gestation, 3 ans d’allaitement et 4 à 5 petits pendant la vie. Quant aux mâles, ils ne sont reproducteurs qu’à partir de 35 ans ! Ce n’est pas simple…

Les solutions concrètes :

Pour les 700 à 1000 éléphants sauvages, il faut préserver l’habitat et éviter les conflits hommes-éléphants

 

Pour les 500 éléphants domestiques,« si on arrive pas a stabiliser la population d’éléphants domestiques, il y aura de la capture à un moment donné ! » l’éléphant reste  un animal symbolique, 7000 dollars pour un éléphanteau et avec l’écotourisme grandissant la demande d’éléphants domestiques va croissante.

 

Arrêter le débardage intensif, faire plutôt du traditionnel ou raisonné, par exemple travailler quelques mois puis les relâcher pour permettre la reproduction. ElefantAsia a lancé un programme d’incitation à la reproduction. L’idée est de convaincre les cornacs et de compenser les pertes économiques de la gestation. Un contrat est établi avec le cornac : contre un petit ils offrent un motoculteur, qui leur permettra de travailler pendant cette période de repos. Les six derniers mois de gestation plus les deux ans d’allaitement on leur propose de travailler dans un camp de tourisme. Pour l’instant ElefantAsia a établi 6 contrats. « Le problème est que ce « plan » prend beaucoup de temps, entre la signature du contrat et de la saillie cela met au minimum 6 mois, donc environs 3 ans pour avoir un éléphanteau. Le système international est dans une optique de productivité à court terme, il est difficile d’obtenir des contrats qui seront, à terme, effectifs ».

 ElefantAsia tire la sonnette d’alarme, le gouvernement Laos a d’autres urgences d’ordre économique et social, même si l’éléphant fait partie de l’histoire du Laos et de la vie de ses habitants, même s’il est vénéré pour son caractère sacré, ce pachiderme si proche de l’homme ne fait plus parti de la vie quotidienne, et donc des préoccupations. Seul l’attrait économique de l’écotourisme et le symbole qu’il représente pourraient sauver les derniers éléphants d’Asie au Laos.

Extrait du journal Vents Nomades numéro 10. Décembre 2009.

 

 
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